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Au brin d'herbe, herboristerie de Péronne
27 novembre 1458
Evangeline
Evangeline sortit du bureau de la bourgmestre, ravie d'être en règle pour ouvrir son herboristerie.
Elle avait reçu ces enseignements en matière de remèdes de sa grand mère, elle-même herboriste. Elle avait grandi avec cette dernière dans un lieu reculé du comté. Evidemment elle avait l'occasion d'aller à Péronne, village le plus proche de la maison de sa grand mère, mais il faut bien avouer qu'Evangeline avait passé une grande partie de sa vie seule, éloigné de tous et de tout le monde. A la mort de sa grand mère, elle décida de quitter sa petite maison et de s'installer à Péronne.
Elle n'était pas vilaine comme jeune fille, mais plutôt timide.
Elle était ravie de mettre son savoir au service des péronnais, et fut d'ailleurs étonné de voir qu'il n'y en avait pas déjà une.
Elle arriva à sa boutique où elle avait déjà commencé à ranger ses bocaux d'herbes et autres ingrédients nécessaire à la préparation de remède.
Une fois que tout fut installé, elle écrivit sur un parchemin
Recherche d'infirmière volontaire pour soigner et aider les péronnais en difficulté, afin de transformer l'herboristerie en dispensaire.
Elle accrocha le parchemin sur la porte en espérant qu'une infirmière se dévouerait.
Elle sortit et regarda son échoppe et ne put réprimer un sourire de satisfaction. Elle rentra, en espérant que son initiative servirait à Péronne
Dame Frénégonde
Pourquoi n'avait-elle jamais de temps lorsqu'elle en avait besoin?
La jeune bourgmestre était furieuse car depuis l'ouverture de l'herboristerie elle n'avait pas pu y passer pour saluer la sympathique Evangeline.
Elle jouait avec sa plume accoudée à son bureau, l'esprit peu enclin à la réflexion. Elle avait envie de sortir, de voir du monde et piquée de curiosité se rendre compte de cette nouvelle boutique.
C'était décidé! D'un élan elle bondit de son siège et enfila sa cape, laissant tomber sa plume à terre et les parchemins grimés.
Elle claqua la porte de son bureau et se mit à arpenter les ruelles enneigées de sa ville. Il faisait un froid glacial, ses joues commençaient déjà à se rougir et malgré sa grande envie de papoter, la rousse accélérait le pas en direction de l'herboristerie : Un virage à gauche, une ligne droite, contournement de la grand- place, la jeune femme arriva enfin devant la devanture. Elle inspecta un instant, agitant ses émeraudes pour scruter le moindre détail et satisfaite toqua et entra dans la boutique.
L'intérieur plut à la Péronnaise qui, un sourire aux lèvres ne cessait d'observer. Elle aimait ces endroits chargés d'odeurs sauvages, ces étagères soutenant de multiples bocaux, puis il fallait l'avouer la propriétaire des lieux avait bon goût et aimait l'ordre.
La rousse s'avança donc au centre et fit part de sa présence:
"Dame Evangeline, vous êtes là? C'est Frénégonde la Bourgmestre."
Evangeline
Evangeline était occupée à préparer quelques décoctions générallement demandées par les gens notamment contre les rhumes, maux de tetes et autres maux fréquents.
Elle se demandait si sa boutique était aussi utile qu'elle le croyait au départ. Les Péronnais étaient apparemment de santé robuste. Tant mieux pour eux, mais du coup son herboristerie ne tournait pas beaucoup. De plus aucune infirmière n'avait répondu à sa demande. Mais Evangeline n'était pas du genre à abandonner et elle était certaine que son savoir pourrait un jour servir à quelqu'un.
Plongée dans ses pensées, elle entendit la porte de la boutique s'ouvrir et une voix s'annoncant comme étant celle de la bourgmestre. Elle sortit de l'arrière boutique pour l'acceuillir d'un sourire chaleureux.
Bonjour madame la bourgmestre! Comment allez vous ? Je suis contente de vous voir. En quoi puis-je vous aider ?
Sheo
La petite rousse était d'humeur ronchon, ce matin là. Pour la bonne raison que "ce matin là" était un matin. Il n'en fallait pas plus à la demoiselle pour ruminer ses contrariétés du moment. Les cochons lui en faisaient voir de toutes les couleurs, elle n'avait plus un seul linge propre à force de patauger dans la boue pour leur faire entendre raison, et depuis qu'ils étaient là, la taverne était devenue un vague concept qu'elle n'arrivait plus vraiment à se représenter. Impossible dans ces conditions de se lier d'amitié avec qui que ce soit. Et quoi de pire, le matin, que de n'avoir personne pour vous entendre bougonner ?
Et puis il faisait froid. Et puis elle était fatiguée. Et puis elle n'avait pas envie de sortir. Oui voila, elle allait rester là, sous la couette, et elle ressortirait quand reviendrait le printemps. Elle était une jeune fille courageuse, engagée dans un combat sans merci contre le mauvais temps, assumant ses opinions au péril de sa vie, ou presque, et elle comptait bien montrer à la face du monde combien elle luttait activement contre ce fléau, en restant sous ses couvertures jusqu'à ce qu'il abdique. Sus à l'ennemi !
Un souffle de vent plus fort que les autres fit soudainement claquer le volet contre le mur, et le paysage blanc se découvrit à la rouquine encore ensommeillée, qui se releva brusquement.
Il neige ???
Un sourire étira enfin les lèvres bougonnes, tandis qu'elle sautait hors de sa paillasse.
Il neige !!!
Oubliés, les cochons, oublié, le froid, la jeune fille sautait d'un bout à l'autre de la pièce pour attiser le feu de la cheminée, avaler rapidement un bol de lait, mettre rapidement un châle, et sortir en trombe dans le décor encore tout scintillant du matin.
Il ne lui fallu pas bien longtemps pour arriver sur la Grande Place de Péronne, et apercevoir l'immense sapin qui trônait en son centre. Comprenant rapidement le principe, elle fouilla ses poches à la recherche d'un objet à ajouter à son tour au conifère... Et ne trouva qu'un bout de ficelle, et un petit caillou tout rond qui lui avait tapé dans l'œil un jour de ballade. Voila qui n'était pas très concluant, et elle n'avait même pas suffisamment d'écus pour acheter une véritable décoration à la forge... Lui revint alors en mémoire un Noël, alors qu'elle était encore toute petite, où elle avait trouvé sur le chemin de la maison une châtaigne, encore enveloppée de sa coque. Émerveillée par cette drôle de bête toute ronde et toute piquante, elle l'avait gardée avec elle pendant des jours, refusant obstinément de s'en séparer, même pour dormir ou se laver, ce qui lui avait valu le surnom de "châtaigne" durant tout l'hiver, cette année là. Quelques jours avant Noël, la petite boule piquante avait été soigneusement attachée au sapin par sa mère, sous le regard attentif de la petite tête rousse. Voila ce qu'elle accrocherait, sur le sapin de Péronne !
Sitôt l'idée germée, la jeune fille se mit à courir en direction de la toute nouvelle herboristerie, où elle espérait trouver la perle rare, parmi les nombreux ingrédients des remèdes. Arrivée sur place, à bout de souffle et le nez rougi par le froid, elle aperçu la bourgmestre, en pleine discussion avec la jeune femme qui tenait la boutique. Encore toute joyeuse de voir toute cette neige recouvrir le paysage, elle lança un tonitruant et enthousiaste "Bonjour !", puis attendit son tour, se frottant les mains pour les réchauffer.
Dame Frénégonde
"Ah vous voilà chère Evangeline!"
La jeune bourgmestre salua la jeune fille par un gracieux hochement de tête tout en souriant.
"Je suis bien contente moi aussi et je tenais à m'excuser pour ce retard de visite. Je n'avais pas une minute à moi."
Puis sur un ton taquin, un éclair de malice au fond des émeraudes
"Mais l'envie de venir visiter votre herboristerie fut la plus forte."
Un petit rire étouffé, complice avec Evangeline et la rousse admira une fois de plus la boutique.
"Vous avez fait un excellent travail de décoration et de rangement, je vous félicite.
Mais avez-vous des visiteurs au moins? Car Péronne a un mal fou à sortir de sa torpeur je ne vous le cache point."
Puis la rousse eut une envie soudaine : une bonne infusion concoctée par une main experte avec des plantes saines. Avec ce froid rien de plus revigorant et de sympathique pour papoter un peu.
"Eh bien serais-je impolie si je réclamais une infusion?
Oh quelque chose de très simple juste pour le plaisir de boire chaud.Puis nous pourrons discuter un peu, enfin si vous avez du temps cela va de soi."
Alors qu'elle attendait la réponse de son interlocutrice, un courant d'air glacé s'infiltra dans la pièce emmenant avec lui un "bonjour" tonique et familier.
Frénégonde se retourna et reconnut Sheo. Cela faisait bien longtemps qu'elle ne l'avait pas revu!
"Oh Sheo en voilà une surprise! Bien le bonjour."
Evangeline
Evangeline était ravie de voir la bourgmestre. Ele la trouvait très gentille et agréable.
Evidemment je comprends bien ne vous inquiétez. vous devez être débordée. Et c'est gentil de prendre le temps de venir me voir ca me touche beaucoup.
Evangeline fut à nouveau touchée lorsque la mairesse la félicita pour sa boutique et la remercia pour les compliments.
Merci beaucoup j'ai essayé de la rendre accueillante. A vrai dire vous êtes la première à venir dans la boutique. Mais c'est une bonne chose ça veut dire que les péronnais sont en bonne santé. Et puis sortir par ce temps, il faut vraiment avoir la foi.
Evangeline sourit. Lorsque Frénégonde lui demanda quelque chose de chaud pour qu'elles aient l'occasion de discuter, elle se sentit bête de ne pas y avoir pensé elle même . Elle avait justement un service à thé, et des plantes à infusion, notamment de la vervein, du thé vert, et de la camomille. Elle alla en arrière boutique pour chauffer de l'eau et préparer les différentes plantes à infuser pour les proposer à Frénégonde.
Quand elle revint avec l'eau et les plantes à infuser, une autre femme était entrée. Elle avait l'air enthousiaste et de bonne humeur.
Evangeline l'accueillit d'un chaleureux "Bonjour, dame. Bienvenue dans mon herboristerie. Je suis Evangeline"
Elle posa le service à thé, l'eau chaude et les plantes sur le comptoir.
En quoi puis-je vous aider, dame ? Souhaitez vous une tasse de thé? Et vous, Frénégonde? Vous préférez le thé, la camomille ou la verveine.
Sheo
Grand sourire adressé à Dame Frénégonde, puis à Evangeline, tandis que d'un œil, elle observait avec envie les bocaux multicolores qui ornaient la pièce tout autour d'elle. Dans l'air flottait un agréable mélange épicé d'odeurs. Toute la salle était comme décorée pour Noël, parée de couleurs chatoyantes, emplie d'agréables parfums. Elle s'imagina la jeune demoiselle fêter ici la fin de l'année entourée de ses proches, dans cette ambiance intimiste, et l'envia. Elle mourrait d'envie d'observer chaque bocal, sentir celui-ci, inspecter celui-là, peut-être même goûter ce troisième, d'une étrange couleur.
Sans s'en rendre compte, elle s'était approchée de l'étagère, qu'elle observait maintenant, intriguée, ayant complètement oublié la présence des deux jeunes femmes.
Ce fut la proposition de l'herboriste qui la tira de ses réflexions, alors que Sheo s'amusait à observer la salle déformée au travers de l'un des flacons.
Un thé ?
La rouquine releva les yeux, et les posa timidement sur la jeune femme. C'est qu'elle n'avait plus tellement l'habitude de se voir offrir à boire, depuis que Lalys avait déserté le coin. Durant une seconde, un sentiment de panique l'envahit. Et si elle n'avait aucune conversation ? Et si elle faisait mauvaise impression, qu'on ne la voyait pas comme elle était ? Ou pire encore : et si on la voyait exactement telle qu'elle était ?
Se reprenant, et chassant ces pensées de son esprit, la jeune fille esquissa un sourire, et hocha la tête.
Et bien, euh... Pourquoi pas, oui.
Réalisant alors qu'elle n'avait toujours pas expliqué pourquoi elle était là, elle s'empressa d'ajouter :
Oh, euh... J'aurai voulu savoir si vous auriez... Et bien... hum... une châtaigne. Avec sa coque. Dans vos réserves, peut-être... C'est pour...
Elle s'interrompit, prenant conscience au fil des mots du ridicule de sa demande. Un nouveau vent de panique vint lui chatouiller la colonne vertébrale.
Dame Frénégonde
"Oh eh bien j'opte pour la camomille car je sais les vertus apaisantes qu'elle dégage."
S'installant au comptoir et humant avec plaisir les effluves sauvages, Frénégonde laissa la parole à Sheo et l'écouta donner la raison de sa visite.
La requête, peu banale il faut l'avouer fit sourire la rousse. Pourquoi cette jeune rouquine avait un besoin urgent de châtaigne?
Trop curieuse elle ne put résister à l'envie de lui demander:
"Une châtaigne? En cette saison? Voilà qui est amusant.
Vous commencez à préparer des provisions pour l'hiver qui s'annonce?"
Elle scruta la jeune fille avec une pointe de malice et un sourire en coin.
Evangeline
Evangeline servit donc les deux jeunes femmes selon leur réponse, puis elle regarde la jolie rousse avec étonnement. Elle décela une légère gêne chez la jeune femme. Tout en la servant elle finit la phrase qui la faisait bégayer :
Oui une chataigne pour faire le plein de vitamines et de protéines avant l'hiver, lui dit-elle en souriant. Vous avez bien raison, car l'hiver s'annonce rude. Mais vous devriez en prendre plusieurs ^^
Une fois qu'elle eut servie les infusions à ses clientes, Evangeline s'en servit une et profita de la chaleur réconfortante du thé vert. Pendant quelques secondes, elle se laissa hypnotiser par la neige qui tombait dehors.
Vous vous rendez compte qu'il neige déjà! Ca me parait bien tôt pour la saison. je veux bien croire que je ne vois pas le temps passer mais tout de même! On est début décembre et ça fait bien une semaine voire deux qu'il neige. L'hiver va être long à ce rythme là. J'espère vraiment que ça ne va pas créer une épidemie de grippe parce que les températures sont idéales pour ça.
Sheo
Un grand bol d'infusion bouillante au creux des mains, quelques flocons de neige au dehors, et une suave odeur d'épices l'enlaçant confortablement, et le monde pouvait s'écrouler à l'extérieur sans qu'elle ne s'en inquiète. Le monde, excepté la taverne. Faut rien exagérer.
Sa demande avait visiblement éveillé la curiosité de la bourgmestre, qui observait malicieusement la jeune fille, un sourire au coin des lèvres.
Piégée. Voila qu'on attendait une réponse d'elle. Il allait lui falloir se résoudre à expliquer qu'elle était venue ici chercher un fruit dont la saison prenait fin, dans l'unique but de l'accrocher à un arbre, et cela parce qu'un souvenir incongru lui était revenu en mémoire alors qu'elle cherchait une idée. Pas brillant. Il lui faudrait avoir drôlement de répartie, pour faire passer ça à peu près dignement. La demoiselle se redressa. Il ne serait pas dit qu'elle se laisserait intimider. Elle assumait tout, n'avait honte de rien, et c'est le menton fier et relevé qu'elle raconterait son id...
Oui une chataigne pour faire le plein de vitamines et de protéines avant l'hiver
Oh. Après tout... Elle ne voulait pas leur gâcher la surprise...
Adressant un petit sourire à Evangeline qui venait de lui sauver la mise, Sheo la remercia, et lui remis quelques piécettes en échange des précieux fruits. Elle savait déjà lequel d'entre eux elle choisirait. Tout petit, tout rond, tout piquant, la rouquine en reprendrait presque sa vieille manie enfantine. Juste à côté d'elle, la discussion reprit, mais les mots ne lui parvenaient plus vraiment. Seul le son réconfortant des voix des deux jeunes femmes la berçait doucement, tandis qu'elle observait nonchalamment au dehors la valse des flocons rythmée par le vent. De temps à autre, elle buvait une petite gorgée de thé, et posait son regard sur les demoiselles, pour qui elle eut soudain une profonde affection.
C'était un matin.
Pourtant, du fond de son siège, Sheo souriait.
.
Le lavoir
13 octobre 1458
Dame Frénégonde
Premières nuits automnales, premiers frissons sous une sphère argentée.
Frénégonde était lasse de sa vie sans rebondissement, de ses jours monotones, de cet avenir incertain. Elle retombait dans cette spirale infernale de mal-être quotidien, rongeant son cœur et son esprit. Pourtant elle avait réussi à remonter la pente grâce à l'aide et la présence précieuses de ses amis fidèles...Mais en vain... Un problème profond non résolu ne s'endort que pour peu de temps et refait toujours surface...
C'était dans cet état que la rousse, fragile fleur avait regagné le lavoir pour y déverser en totale solitude son amertume et sa souffrance. Noyées ainsi dans les flots joyeux d'une nostalgie aux souvenirs si doux.
Elle s'installa sur la margelle scrutant l'eau sombre docile et calme. La lune bien haute à cette heure reflétait son reflet... Pâle représentation de Frénégonde... Les traits tirés, les yeux humides, les épaules accablées...
Un frisson parcouru tout son être, machinalement elle frictionna ses bras sans quitter des yeux cette vision douloureuse. Que devenait-elle? Un fantôme rongé de regrets et de souffrance...Une marionnette répétant sans cesse les mêmes gestes.... Une femme insipide sans but précis...
Où était la fière Péronnaise d'antan? Que rien n'ébranlait, toujours souriante et au caractère d'acier?! Elle s'était laissée emprisonner dans un tourbillon de douleur, d'étapes insurmontables... Au point de se laisser étouffer par cette nouvelle créature si fragile et angoissée.
Remontant ses jambes elle posa son menton sur ses genoux, l'esprit ailleurs, la gorge serrée...
Sheo
Allongée sur sa paillasse, les yeux grands ouverts, Sheo attendait.
Attendait quoi ? Elle ne le savait pas vraiment.
Le sommeil, avant tout. Elle tournait, et se retournait entre ses draps, naviguant entre une multitude de pensées, un fourmillement continu qui ne laissait que peu de place au repos.
Elle attendait... le déluge ? Pourquoi pas, après tout. Elle se voyait bien, luttant pour sa survie parmi les flots, vivant de palpitantes aventures avec les autres rescapés.
Elle attendait... l'amour ? Non. Certainement pas. Enfin tout dépendait du contexte. Peut-être un peu. Souvent en fait. D'accord, peut-être qu'elle attendait l'amour.
Elle attendait de trouver une famille, elle attendait Noël, elle attendait de rencontrer des gens qui bouleverseraient sa vie, elle attendait qu'il se passe quelque chose.
A vrai dire, elle attendait... de vivre. Tout simplement.
Brusquement, la jeune fille se leva de son lit. Elle était lasse d'attendre. D'un geste décidé, elle enfila un châle, et sortit.
La nuit était fraiche. L'automne était arrivé. Au bout de quelques minutes, les pas ralentirent. Elle se trouvait ridicule. Elle ne savait même pas ce qu'elle faisait là, à errer seule dans la nuit, sans même savoir où elle allait, comme ça. Sans même savoir pourquoi elle faisait cela. D'un geste lent, elle observa les alentours. Elle avait marché jusqu'au lavoir. Elle ignorait qu'il avait été restauré. Là, dans l'obscurité, elle aperçut la silhouette d'une jeune femme, qui lui tournait le dos, perdue dans ses pensées. Un peu gênée, Sheo rebroussa chemin, mais s'arrêta au bout de quelques pas, et jeta un nouveau regard par dessus son épaule. Elle avait l'air un peu triste. Ou peut-être juste mélancolique. La jeune fille resta quelques secondes sur place, hésitant sur la direction à prendre.
Elle attendait de vivre...
Après tout... Elle n'était peut-être pas obligée de rentrer si tôt. Se dirigeant tout doucement vers l'inconnue, elle s'assit à ses côtés, sans dire un mot. Elle n'eut pas besoin de tourner la tête pour reconnaitre la jeune femme qui l'avait accueillie, au tir à l'arc. Sheo n'avait jamais su vraiment quoi dire, face au vague à l'âme. Elle détestait les phrases bateau, pleines de faux bons sentiments, et qui finalement n'arrangeaient rien. Parce que souvent, il n'y avait juste rien à dire. Alors, simplement, elle murmura "Vous avez vu comme la nuit est belle, aujourd'hui ? On voit rarement tant d'étoiles...". Puis elle se tut, et lui sourit. Tout simplement.
Dame Frénégonde
Un immense flot se déversait sur les joues de Frénégonde, impossible de retenir cette souffrance qui depuis des jours la torturait.
La vue brouillée, elle ne distinguait plus ce reflet si douloureux et à y réfléchir cela n'était que mieux...
Une voix, semblant sortir de son inconscient se mit à lui parler. Au départ elle ne comprit pas que Sheo était à ses côtés, trop concentrée sur sa personne et l'esprit trop embrumé. C'est lorsque la fine silhouette se dessina dans l'eau sombre, que la rousse prit conscience qu'elle n'était pas seule.
Elle essaya de se reprendre, renifla un bon coup, essuya d'un revers de main les larmes qui creusaient des sillons sur son visage et leva les yeux sur la jeune fille.
"Oh Sheo bonsoir...Les étoiles?"
Elle se mit alors à scruter le ciel, somptueuse couverture noire incrustée de mille paillettes. Elle laissa échapper un petit rire nerveux
"Voyez-vous malgré sa splendeur je n'avais même pas pris la peine de l'admirer..."
Quel beau spectacle offrait la bourgmestre de Péronne à ses villageois! Une femme accablée de chagrin, en totale détresse, il y avait mieux pour représenter le village... Pourtant Frénégonde était le genre de personne à cacher ses faiblesses, mais là cela lui était impossible... Elle essayait de sourire mais ses lèvres tremblaient, elle n'arrivait pas à soutenir ce regard pourtant bienveillant.
Alors elle replongea ses émeraudes dans la profondeur de l'eau et ne posa qu'une question à la jolie Sheo
"Pensez-vous chère Sheo que la vie vaut d'être vécue?"
Sheo
Les larmes roulaient sur les joues de la Péronnaise. Une pour la lassitude. Une pour la déception. Une pour l'amertume.
Pour la toute première fois, Sheo n'avait plus face à elle la bourgmestre, mais bien la femme qui se cachait derrière. Un tout autre visage, plus sensible, plus humain, s'offrait à elle. Et elle fut troublée par la vision de ce petit bout de femme en détresse. A son tour, la jeune fille plongea son regard dans l'eau du lavoir.
Pensez-vous chère Sheo que la vie vaut d'être vécue?
La voix de la jeune femme la sortit brusquement de ses pensées. La rouquine releva un instant les yeux vers la bourgmestre, mais celle-ci avait gardé son regard fixé sur les eaux sombres. Sheo se demanda si la question lui était réellement adressée, ou si elle avait murmuré ça pour elle-même.
La vie vaut-elle d'être vécue...
A dire vrai, elle ne se posait pas vraiment la question, la jeunette. Elle n'avait pas plus peur de la mort qu'elle ne détestait la vie. Pour tout dire, elle ne voyait l'existence que comme une situation provisoire. Situation dont elle comptait bien profiter; et si un jour elle s'en lassait... Et bien elle choisirait de l'arêter, tout simplement. Drôles de pensées, pour une jeune fille de son âge. Mais Sheo était désespérément insouciante, ne voyait d'importance nulle part, et n'avait globalement aucune notion du danger. Alors la mort... Elle en faisait presque une anecdote.
Nouveau regard en direction de Frénégonde.
Oui mais voila. Face à elle, une jeune femme, façonnée par son histoire, se posait des questions sur le sens de tout cela. Et à cet instant seulement, Sheo compris que cela pouvait avoir une importance.
Je crois... Je crois que c'est à nous de faire en sorte que notre vie en vaille la peine.
Elle sourit à nouveau, et s'imagina ce que la jeune rousse pouvait bien désirer, tout au fond d'elle. Ce qui pourrait faire que sa vie vaille réellement la peine d'être vécue. L'amour, peut-être. Ou bien le sentiment d'appartenir à une famille, le soir au coin du feu. Peut-être une vie d'aventures, d'expériences nouvelles, de combats et de surprises. Ou peut-être au contraire juste un quotidien serein et heureux, entouré d'amis. Probablement un mélange de tout cela.
D'un seul mouvement, la jeune fille bondit sur ses pieds.
Et si vous faisiez ça, maintenant, dès ce soir ? Une vie de roman ! On pourrait... on pourrait aller boire un verre dans une taverne, pour commencer ! Oh, et puis rencontrer des gens ! Plein de gens ! Et puis voyager ! Regarder les étoiles, aussi ! Se disputer avec d'autres, un peu, parce que ça fait toujours du bien, et puis se réconcilier ! Vous pourriez inviter vos meilleurs amis, et jouer au ramponneau, dans la chaleur d'une cheminée, et sous les effluves d'un bon repas ! Ou bien vous pourriez naviguer ! Quand je serai capitaine, je vous engagerai sur mon bateau, et on parcourra les mers, chargés de tonneaux de rhum, pendant que...
Les deux bras écartés, sautillant sur le bord du lavoir, elle était partie dans ses rêves enfantins d'aventures, la Sheo ! Bien loin de sa petite vie tranquille, bien loin du lavoir, et bien loin... du rebord, sur lequel son pied buta. Le vol plané la fit atterrir droit dans l'eau !
Ressortant pitoyablement, trempée, les cheveux collés à son visage, elle croisa le regard de Dame Fréné, et se mit à rire.
D'accord, la navigation, ce n'est peut-être pas une bonne idée...
Tir à l'arc
13 juillet 1458
Dame Frénégonde
La boite à enigmes commencait sérieusement à s'essouffler, les Péronnais avaient besoin de nouveautés surtout en période estivale.
La bourgmestre toujours en quête d'idée pour satisfaire ses villageois, se creusa une fois de plus les méninges.
Se rappelant combien le GFC avait battu son plein elle pensa alors à un stand de tir à l'arc!
Il serait amusant de s'entrainer à viser puis des archers compétents serait toujours bons à prendre pour la sécurité du village.
Ni une ni deux, flanquée de gros bras la rousse se rendit près du verger dans un vaste champ. L'espace était idéal pour implanter son stand et sans perdre une minute elle se mit à la tâhe.
Au bout de quelques heures en sueur sous ce soleil de plomb l'endroit était fin prêt.
Plusieurs cibles avaient étaient soigneusement montées sur des promontoirs de bois. Des carquois posés à différents endroits contenant des flèches de toutes beauté finement travaillées.
La bourgmestre était fier de cette nouvelle idée et espérait voir beaucoup de participants.
Elle s'installa à l'ombre d'un pommier en attendant les premiers venus...
Sheo
Le soleil tapait dur depuis quelques heures. Au verger, où le vent se faisait rare, l'air était littéralement étouffant. Les rares travailleurs tentaient de trouver l'ombre sous les arbres, se motivant à l'idée des quelques écus qu'ils allaient gagner. Là, une jeune fille, accrochée à son échelle, suait à grosses gouttes, plissant les yeux sous le soleil de plomb qui l'agressait sans répit. D'un geste mécanique, elle récoltait les cerises qui se trouvaient à sa hauteur, comptant les secondes qui la séparaient de la fin de son labeur. Épuisée, en nage, harassée par la chaleur, elle se consolait en se disant que rien ne valait la sensation que l'on vient d'accomplir un travail bien fait.
Heureusement, cette jeune fille n'était pas Sheo. Allongée à l'ombre d'un arbre, un peu en retrait du verger, elle, se disait plutôt que rien ne valait la sensation d'une bonne sieste au soleil. Alors qu'elle commençait doucement à somnoler, elle fut réveillée par des voix qui semblaient provenir de l'opposé du verger, du côté du champ qui longeait celui-ci. Levant la tête, elle observa alors, un peu plus loin, différentes personnes portant des grands plateaux de bois, des planches, et autre matériel qu'elle ne discernait pas bien d'où elle était. Bien sûr, elle avait élevé la paresse au rang d'art, mais s'il y avait bien une chose capable de vaincre ce trait de caractère, c'était sa curiosité. Un coup d'œil du côté du verger pour vérifier que personne ne la verrait partir, et elle se dirigea vers toute cette agitation. Une jeune femme, accompagnée de quelques gaillards, semblaient occupés à fabriquer quelque chose. Sheo lança un autre regard en direction du verger, où personne ne semblait avoir remarqué son absence. Elle hésita une seconde, n'osant déranger les travailleurs face à elle, d'autant qu'elle aurait du ramasser les fruits avec les autres, mais ne voulant pas faire demi tour non plus. Elle finit par s'assoir en tailleurs dans la paille, pour observer la construction prendre forme sous ses yeux, profitant du fait qu'ils ne l'avaient pas vue. Au bout de quelques minutes, elle vit petit à petit se dessiner face à elle un stand de tir à l'arc. Ayant cette fois complètement oublié la cueillette des fruits, elle se leva d'un bond, les yeux émerveillés, un sourire béat sur les lèvres. Se tortillant sur place, elle n'osait intervenir...
Dame Frénégonde
La bourgmestre une fois sa besogne terminée décida de se mettre à l'essai. Rien de bien concluant...Mais c'était aussi l'une des rares fois où elle touchait un arc...
"Le vent, le vent!! grrr!!!"
Elle tempestait contre sa maladresse et les forces de la nature qui l'empêchaient de toucher sa cible.
Point très patiente elle abandonna arc et flèche et voulu s'en aller. Mais son attention fût attirée par une damoiselle qu'elle ne connaissait pas. La jeune fille semblait intriguée par le camp d'entrainement et à la vue de l'expression de son visage, elle mourrait d'envie d'essayer.
Avec un grand sourire aux lèvres, Fréné fit marche à arrière, récupéra l'arc et s'approcha de l'inconnue.
Elle lui tendit le tout
"Voulez-vous essayer?"
Sheo
Alors qu'elle tentait de trouver réponse au terrible dilemme qui se déroulait dans son esprit, à savoir choisir entre tirer à l'arc et cueillir les fruits, la jeune... Bon. D'accord. Alors qu'elle tentait de trouver réponse à l'épineuse question "comment faire pour tirer à l'arc sans que cela ne revienne aux oreilles de son frère qui la croyait au verger", la jeune femme se retourna vers elle, son arc à la main, lui demandant si elle voulait essayer.
Euh... Je... Et bien... Oui. Oui !
Rosissant de plaisir, elle saisit l'arc qu'on lui tendait. Et elle était fière, la Sheo, son arc en joue, droit vers la cible. Elle était Robin des Bois, Guillaume Tell en personne, elle défendait les faibles et les opprimés, la veuve et l'orphelin. Les brigands alentour tremblaient en entendant son nom, car sa précision était telle que...
La flèche tomba mollement à ses pieds. Bon, bon... Robin des Bois aussi, avait des ratés, quelques fois. Elle la ramassa, remis en joue, et la lança cette fois à un ou deux mètres d'elle, dans un pathétique "poc". Et puis les brigands, ils sont plutôt minables, dans le coin... Nouvel essai. Qui atteignit enfin la cible... mais pas la bonne... De toute façon, le tir à l'arc, c'est nul. Têtue, un brin vexée, elle saisit une autre flèche et réessaya. Encore. Et encore. Jusqu'à, enfin, comprendre le principe. Un score qui aurait pu être amélioré, mais enfin, au moins, elle touchait sa cible. Toute heureuse, elle rendit l'arc à la jolie rousse, avec un grand sourire.
Merci ! C'est une drôlement bonne idée, d'avoir construit ça ici !
Alexandre
Alexandre se pointa dans le pré du tir à l'arc :
"Bonjour Dame Frenegonde, je suis Alexandre et je suis votre homme pour ce concours, j'adore ces petites joutes amicales !
Je serai ravi de participer !"
Je serai ravi de participer !"
Il salua la Dame et reconnut Damoiselle Sheo qui s'exerçait avec une dextérité impressionnante.
Il la laissa tirer les dernières flèches de son carquois puis il s'adressa à elle :
"Bonjour Damoiselle, vous vous souvenez de moi ? On s'est rencontré en taverne ! Je suis ici comme promis !
Oh ! très joli tir Damoiselle ! La barre va être haute !"
Oh ! très joli tir Damoiselle ! La barre va être haute !"
Il lui fit un sourire et s'empara du matériel à disposition puis il se mit en position de tir.
Il lança 6 flèches dans les cibles face à lui et fut satisfait de l'essai.
"Mouis, il faut dire que sans vent et sans pression c'est plus facile, le jour d'un tournoi c'est autre chose, çà je l'admets !"
Remarquant le peu de participants, il mit ses mains devant sa bouche en porte voix et il cria :
"Oyez Oyez Péronnaises et Péronnais,
Pressez vous au grand tournoi de tir à l'arc et dépêchez vous sinon on vient vous botter les fesses !!!"
Pressez vous au grand tournoi de tir à l'arc et dépêchez vous sinon on vient vous botter les fesses !!!"
Il posa son matériel et il éclata d'un grand rire jovial en attendant les nouveaux venus...
Sheo
L'heure tournait, et il allait être temps de rentrer chez elle. C'est qu'elle y avait pris goût, à venir faire trembler les oiseaux, avec ses flèches. D'accord, on pouvait trouver plus prestigieux, mais au moins, elle faisait trembler quelqu'un. Elle s'apprêtait à repartir, lorsqu'une voix dans son dos l'interpella.
Bonjour Damoiselle !
La voix lui rappelait quelqu'un, sans pour autant qu'elle ne l'ait entendu souvent. Fronçant les sourcils, elle tenta de fouiller dans sa mémoire, avant de se souvenir que se retourner était une solution généralement plus efficace. Tournant la tête, elle reconnut immédiatement le sire Alexandre, qu'elle avait eu le plaisir de rencontrer autours d'un verre, un peu plus tôt.
Bah, après tout, il n'y avait pas vraiment d'heure pour rentrer chez elle...
Vous vous souvenez de moi ? On s'est rencontré en taverne ! Je suis ici comme promis !
Oh ! très joli tir Damoiselle ! La barre va être haute !
A ces mots, la rouquine sourit. Ainsi il avait tenu parole, et elle en était toute ravie, la jeunette. C'est qu'elle l'avait trouvé drôlement sympathique, le messire ! Manifestement, il l'avait vu tirer. Et heureusement pour elle, il l'avait visiblement vue au moment où elle parvenait à atteindre sa cible. Une chance. P't'être même qu'elle pourrait s'vanter un peu, qui sait ? Maintenant qu'elle avait réussi un tir, s'agissait qu'il ne voit pas ses entrainnements désastreux, et il resterait peut-être bien sur cette impression.Tandis qu'il se dirigeait déjà vers le matériel, elle lui répondit, le sourire aux lèvres :
Bien sûr que je me souviens de vous ! Contente de vous revoir aussi promptement, messire !
Elle eut bien envie d'engager la conversation, mais il était déjà concentré sur la cible, et la demoiselle n'osa pas le détourner de son but. Mais le regardant mettre en joue, elle se dit que c'était peut-être bien le moment de lui donner quelques conseils. Après tout, il débutait, ça n'était pas évident, et puis, elle avait réussi quelques jolis tirs. Il aurait sûrement besoin de son aide. Elle s'approcha et lui expliqua brièvement comment viser bien dans l'axe, lorsqu'il décocha sa première flêche. La jeune femme suivait la trajectoire des yeux, s'apprêtant à user de toute sa compréhension envers les premiers tirs maladroits du nouvel archer qui venait juste de tirer.... dans le mille. Sheo resta une seconde suspendue, bouche-bée, les yeux fixés sur la cible.
Waw, c'est...
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que d'autres flèches fusèrent, presque aussi précises les unes que les autres. Il venait littéralement d'exploser son score ! Le regard encore figé sur la cible finit à grand peine, après quelques longues secondes, par s'en détacher pour se poser sur le jeune homme.
Et bien ! Le moins qu'on puisse dire, c'est que vous êtes bon tireur !
Les gestes et l'esprit ralentis par la stupeur et l'admiration, elle se reprit, et lui sourit plus franchement.
On dirait que vous venez de vous découvrir une vocation !
Ah oui mais. Elle venait de se faire dépasser, là. Comment les brigands alentour allaient-ils la craindre, si elle se faisait doubler comme ça ? Non non non non non. Il n'était pas dit qu'on battrait son score sans qu'elle ne réplique. Non mais. Un petit sourire taquin sur les lèvres, elle reprit son arc qui avait été posé sur le côté. Ça ne se passerait pas comme ça.
C'est qu'il va me falloir d'autant plus de détermination, pour vous battre, messire.
Petit rire à l'égard du jeune homme. Elle avait toujours été joueuse, elle ne pouvait pas s'en empêcher. Seulement là, il allait falloir qu'elle réussisse ses six tirs sans en envoyer un seul dans le nid d'un oiseau au dessus de sa tête, ni dans la cible d'à côté, ni à l'autre bout du champ, comme elle en avait l'habitude. C'est qu'elle voulait qu'il garde d'elle l'image d'une archère pas trop mauvaise. Se concentrant du mieux qu'elle pouvait, elle décocha la première flèche. Ouf. Pas de catastrophe. Un peu plus assurée, elle lança les quatre suivantes, dans des tirs assez précis. Tout se passait bien. Cette fois complètement rassurée, elle décocha, sûre d'elle, le dernier bout de bois. Un peu trop sûre d'elle... Elle suivit sa trajectoire du regard, et l'observa, avec effroi, se diriger tout droit sur le jeune homme qui s'était mis sur le côté, et qui, heureusement, eut le réflexe de se reculer pour l'éviter. La flèche se planta dans un bruit sec dans le sol, à l'endroit même où se trouvaient ses pieds une seconde avant.
Affolée, la jeune fille courut vers lui, bredouillant quelques inaudibles :
Pardon ! Pardon ! Je suis désolée, je... Olala, tout va bien ? Je suis désolée, je ne voulais pas, je...
Et de baisser les yeux, se tortillant sur place, confuse...
Lalys
Lalys avait entendu parlé, pas plus tard que dans l'après midi, d'un concours de tir à l'arc. Elle se précipita dans les lieux dis à la nuit tombé.
Oh, il n'est pas trop tard! Dame Frenegonde, j'avais peur de vous louper! Voila, voila, je voudrai m'inscrire!
Avec un grand sourire, elle sortit une flèche de son carcan et vérifia l'état de son arc. Puis elle jeta un oeil aux candidats et sourit de plus belle en voyant la jeune rousse.
Alexandre
La joie d'Alexandre fut de courte durée.
Tout d'abord, il dut se rendre à l'évidence que son adversaire, en la douce personne de Damoiselle Sheo, n'était pas femme à se laisser faire et ses tirs à venir le prouvèrent du moins jusqu'à la sixième flèche qui vint se planter à ses pieds. Il l'évita de justesse et il entendit la Damoiselle qui bredouillait des excuses l'air confus.
Citation:
"Pardon ! Pardon ! Je suis désolée, je... Olala, tout va bien ? Je suis désolée, je ne voulais pas, je..."
Alexandre trouva la situation assez cocasse et ne put réprimer un rire prouvant à la Damoiselle, que les faits n'étaient point gravissimes.
Il lui répondit cependant toujours amusé et légèrement ironique :
"Essayeriez-vous de clouer votre adversaire sur place Damoiselle ? Est-ce la main de Pâris terrassant, d'une flèche dans le talon, le malheureux Achille qui vous a guidé, ou est-ce seulement un jeu coquin instrumentalisé par ce bon vieux Cupidon ?"
Il se mit à rire de plus belle en voyant la tête de la jeune et belle rousse dont le rouge teintait déjà les joues délicates.
L'incident fut bien vite oublié quand une autre jeune et charmante connaissance de taverne fit son apparition (très remarquée) sur le pré à la nuit tombée.
"Bienvenue au pas de tir, Damoiselle Lalys !"
lança-t-il d'un ton des plus accueillant possible.Elle salua la petite assemblée, fit valider son inscription et s'exerça avec son propre matériel.
Alexandre regarda l'habile archère un instant et se dit qu'elle devait être très douée pour voir la cible dans la pénombre. Peut-être était-cela que l'on appelait le sixième sens féminin ?
Pris par le temps, il n'attendit point la fin des tirs, salua les personnes présentes et se rendit aux portes de Péronne pour sa garde nocturne avec le groupe armé de la Maréchaussée.
Il revint sur le pré dès potron-minet et il découvrit le parchemin laissé par la dernière inscrite.
Le record était encore tombé et il ne pouvait pas laisser la situation ainsi dans son esprit joueur et compétiteur.
Il prit le matériel, inspira un grand coup l'air frais du matin, et il banda son arc avec une concentration extrême faisant siffler l'air avec ses six flèches.
Il se rendit au résultat, fit le compte et afficha son score, un léger sourire aux lèvres.
La compétition devait de plus en plus ardue et la rendait presque jouissive...
Dame Frénégonde
Enfin ce lieu prenait vie! Il en avait fallu du temps pour que les Péronnais se réveillent! Mais enfin le vœu de la bourgmestre se réalisait.
Toute guillerette elle se fit un plaisir d'accueillir Alexandre, Sheo et Lalys, qui semblaient tous être de fiers archers.
"Allez-y je vous en prie profitez donc de cette animation. Je l'ai créé pour vous alors faites-y honneur."
Elle admira les différentes volées en applaudissant à chaque coup réussi. Vraiment elle pouvait être fière de ses villageois!
Lalys
Lalys arriva de nouveau à la nuit tombée, mais encore plus tard finalement.
Elle avait rectifié la corde de son arc et affiné les pointes de ses flèches.
Arrivée sur le terrain, elle fit plusieurs tirs d'affilé.
Au bout de trois résultats plutôt convenables, elle se posa sous un arbre quelques instants et fini par s'y endormir.
Sheo
Ayant cette fois pigé la technique, Sheo se retourna immédiatement lorsque la voix d'une jeune femme fraîchement arrivée lui rappela à son tour quelqu'un. Il commençait à faire sombre, mais elle reconnut immédiatement dame Lalys, elle aussi rencontrée en taverne. Faudrait qu'elle songe à aller boire plus souvent, tiens, ça réussissait à sa vie sociale. Lui adressant un chaleureux sourire, elle la salua d'un petit signe de la main.
Oh ! Lalys ! Ça me fait plaisir de te revoir !
Ce n'est que de longues secondes plus tard que les quelques mots qu'elle avait entendu n'atteignirent son cerveau. Bon, d'accord, boire plus souvent n'était peut-être pas une si bonne idée que ça, en fin de compte. Lalys avait parlé à la bourgmestre d'inscription. Inscription ? Il fallait s'inscrire, pour tirer ? Une affiche qu'elle avait vu placardée en ville lui revint alors en mémoire. Mais oui ! Le concours ! Ça, c'était une occasion qu'elle ne manquerait pour rien au monde! Quel meilleur moyen pour terrasser dragons, brigands, et mères qui veulent vous faire manger de la soupe de poisson, qu'un concours de tir à l'arc ? Elle banderait fièrement son arc, avant de mettre en joue face au soleil couchant, dans une concentration que rien ni personne ne saurait... Une autre idée lui vint à l'esprit. Elle n'était pas censée partir se reposer quelques jours ? Sheo fit une petite grimace. Bon. Très bien. Alors disons que c'était une occasion qu'elle manquerait pour rien d'autre au monde que des vacances, et qu'elle terrasserai les dragons s'ils avaient l'amabilité d'attaquer un autre jour. Sautillant jusqu'à la bourgmestre, elle lui demanda :
Dites... Le concours... Il a lieu quel jour ? S'il est après lundi prochain, je veux bien m'inscrire, moi aussi...
Un bruit sec retentit derrière elle, et, se retournant, c'est en sifflant d'admiration que Sheo regarda les flèches de Lalys se planter dans la cible. Elle tirait bien, voila qui allait encore lui ajouter un adversaire coriace.
En attendant, il était plus que temps de rentrer...
Ce n'est que quelques jours plus tard que Sheo retourna sur le stand de tir. La nuit était bien tombée, mais la rouquine d'un naturel insomniaque commençait à s'ennuyer ferme sur sa paillasse. Elle avait alors discrètement plié bagages, et, ne sachant où aller, s'était naturellement rendue là où elle passait une bonne partie de ses journées. Plusieurs flèches était restées plantées sur les cibles, avec un bien beau nouveau record établi. Allez, on retrousse ses manches, et on s'entraine. Elle fit ainsi quelques tirs, profitant de l'absence de vent, et laissa à son tour ses flèches sur la cible. Elle s'apprêtait à rentrer lorsque son pied buta dans un obstacle, sous un arbre, qu'elle n'avait pas vu jusque là. Un obstacle qui lui retourna un grognement mécontent. Écarquillant les yeux de stupeur, Sheo tenta de discerner les formes dans l'obscurité.
Lalys !?
Alexandre
La tension des participants montaient autant que la redoutable précision des archers présents.
La blonde et la rousse semblaient plus que jamais motivées et acharnées et les scores n'en finissaient plus de grimper.
Entre deux tours de gardes nocturnes aux portes de la ville, Alexandre passait au pré pour voir les concurrents et il décida lui aussi de monter la barre un peu plus haut. Il fallait dire que ce jour là, le vent était nul et la visibilité parfaite.
Les six flèches percutèrent la cible dans un bruit sourd et Alexandre remit son score à l'affichage.
Lalys
Lalys fut réveillée par un coup de pied. Il lui fallut quelques secondes pour se souvenir du lieu ou elle se trouvait, et beaucoup plus de temps pour s'habituer à l'obscurité et voir qui était la. Après avoir enfin émergé, Lalys expliqua à Sheo qu'elle était insomniaque mais pouvait s'endormir n'importe ou si la fatigue venait. Frigorifiée, elle se réchauffa en tirant quelques flèches, puis décida de rentrer.
- Veux tu prendre une infusion à la maison? Je ne pense pas me rendormir de la nuit, maintenant!
Sheo accepta son invitation, étant dans le même état, ou presque, que Lalys. Cette dernière laissa de nouveau ses six flèches sur la cible, ayant à peine regardé son score.
Alexandre
Alexandre observait les deux amies qui s'entretenaient doucement.
Elles semblaient ressentir l'humidité de la nuit qui tombait sur leurs délicates épaules.
Autant le soleil de l'après midi venait caresser agréablement la peau sensible des Damoiselles, autant le vent de la nuit tombée leur donnait des frissons et une chair de poule qui visiblement n'altérait en rien leur adresse au tir à l'arc.
Lalys et Sheo n'en finissaient plus de faire monter le score et les flèches ne trouvaient plus désormais que le centre de la cible.
Alexandre n'était pas gêné par le climat mais la présence des deux jolies femmes le troublait : une avait failli l'estropier avec un sourire ravageur et l'autre l'avait invité à partager sa demeure pour y dormir.
Il dut faire preuve d'une grande maitrise de lui-même afin de tirer six nouvelles flèches qui vinrent pénétrer violemment le coeur de la cible.
Il afficha son nouveau score, salua les Damoiselles qui rentraient à l'abri et il s'en retourna à sa garde quotidienne.
Lalys
Lalys arriva sur le terrain avec son arc à la main. Elle avait encore beaucoup de choses à faire, mais voyant le dernier score affiché, elle ne pu laisser un record sans se battre. Elle se concentra, tira la première flèche.
N'allant même pas regarder, elle tira les 5 suivantes sans bouger. Le vent étant stable, elle fit à peu près le même tir à chaque flèche. Elle regarda son score et, fière d'elle, s'en alla le sourire aux lèvres.
" Battez ça, cher Alexandre."
Se dit elle, heureuse de lui donner du fil à retorde.Alexandre
La suite de cette compétition devenait frénétique et éprouvante. Lalys fit un tir exceptionnel enchainant les flèches à la vitesse de l'éclair et les projetant face à elle avec la dextérité des cavalières Amazones.
Ses beaux yeux fixaient la cible et ne la lâchaient plus. Rien ne comptait plus à présent que de battre les records et d'enchainer un déferlement de flèches acérées.
Elle se retourna vers lui après son excellent tir avec son sourire toujours aussi captivant et lui déclara :
Citation:
" Battez ça, cher Alexandre."
Elle était toute heureuse de lui lancer un nouveau défi et Alexandre se laissa entrainer par celui-ci et aussi, il fallait le dire, par le charme incontestable de la Damoiselle.
"C'est un honneur et un plaisir pour moi de pouvoir rivaliser avec une Damoiselle aussi jolie qu'adroite"
lui répondit-il en souriant.Il se mit en position. Il banda son arc de toutes ses forces si bien qu'on eut cru que son biceps gonflé allait éclater. Tous ses muscles se tendaient à l'image de la corde qu'il lâcha d'un coup sec expédiant le projectile dans la cible.
Il enchaina les cinq autres flèches avec une précision d'orfèvre et il se demandait lui même s'il ne rêvait pas.
Le score était donné, il était encore monté d'un cran !
"Damoiselle Lalys, je commence à être assoiffé, n'irions nous pas ensemble à la taverne pour nous y désaltérer ?"
Sheo
Sa maison. Son chez-elle. Ses quatre murs rien qu'à elle.
Faisant tourner la vieille clé entre ses doigts, Sheo arpentait le chemin de terre qui la conduirait à son nouveau domicile. Oh ce n'était qu'une toute petite bicoque, peu spacieuse, mais c'était chez elle. Du moins, ça allait le devenir. Enfin libre ! Elle allait pouvoir rentrer titubante sans l'air de reproche de son frère qui l'attendait, manger ce qu'elle voulait quand elle voulait, inviter qui bon lui semble, ne se coucher qu'au matin ...
Elle ne s'arrêta pas lorsque ses pas la conduisirent devant la chaumière. Ses doigts jouant toujours avec la clé, son regard, lui, était fixé par delà le terrain, en direction du verger, vers le stand de tir à l'arc. La jeune fille jeta successivement un coup d'œil vers la petite maison qui demandait réparation, puis vers le stand désert. Allons Sheo, ce n'est pas le moment de jouer, tu as une bicoque à remettre en état. Tu as passé l'âge de passer outre tes responsabilités ! La demoiselle secoua la tête pour reprendre ses esprits, et reprit sagement la direction... du stand de tir.
Rha tu n'as aucune volonté ! Tout au fond de son crâne, la petite voix de la raison tentait de se faire entendre, noyée sous les idées dangereuses, complètement irresponsables et terriblement tentantes que la jeune fille chérissait tant. Chassant bien vite cette pensée de son esprit, Sheo examina les dernières flèches laissées sur la cible, et ne pu retenir un nouveau sifflement d'admiration. Ça, c'était un joli score ! S'armant de son arc habituel, elle décocha à son tour quelques flèches. Trop imprécises. Elle recommença ainsi l'opération plusieurs fois, toujours sans résultats. La jeune rousse fronça les sourcils. On la battrait ? Hors de question ! Elle tira une nouvelle salve de flèches, qui ne suffirent toujours pas à battre ce nouveau record. A cet instant, quelque chose dans ses yeux changea subitement. La naïveté habituelle de son regard laissa place à une détermination farouche, et sur ses lèvres se dessina un sourire étrange. Non. Elle ne se laisserait pas battre comme cela. D'un geste particulièrement vif, elle empoigna une flèche et mis en joue. Durant le court instant de flottement qui s'en suivit, son sourire s'agrandit en une expression décidée, et elle lâcha la corde. La première flèche siffla dans l'air, et eut à peine le temps d'arriver que déjà elle en avait saisie une autre, visant minutieusement. Elle tira ainsi six coups, aveugle de tout ce qui pouvait se passer autour d'elle à cet instant, avant de reposer doucement l'arc au sol, et de retrouver la candeur de son visage.
Nul doute, elle avait à faire à de redoutables adversaires.
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